Carence en Bore : symptômes, causes et solutions

La carence en bore soulève une question médicale particulière. Contrairement au fer, au calcium ou au magnésium, le bore n’est pas reconnu officiellement comme un nutriment essentiel pour l’être humain. Aucun symptôme spécifique de carence n’a été formellement identifié par les autorités sanitaires. Pourtant, les recherches scientifiques récentes suggèrent que cet oligo-élément pourrait jouer un rôle important dans notre santé, notamment pour nos os, nos hormones et notre cerveau.

Le bore : un oligo-élément au statut particulier

Qu’est-ce que le bore ?

Le bore est un métalloïde naturellement présent dans la croûte terrestre et dans les océans. Dans notre alimentation, il se trouve principalement sous forme d’acide borique ou de borate.

L’organisme humain contient environ 49 mg de bore pour une personne de 70 kg, soit 0,7 partie par million. Cette quantité peut sembler dérisoire, mais elle se concentre surtout dans les os, les cheveux et les ongles.

Le bore ingéré est absorbé à plus de 80% par notre intestin. La particularité de cet oligo-élément est qu’il ne reste pas dans l’organisme : la quasi-totalité est éliminée par les urines dans les 24 à 48 heures. Il est donc simplement « de passage » dans notre corps.

Pourquoi le bore n’est pas reconnu comme essentiel

Un nutriment est considéré comme essentiel lorsque l’organisme ne peut pas le fabriquer lui-même et que son absence entraîne des troubles de santé identifiables et reproductibles. C’est le cas du fer (qui cause l’anémie en cas de carence) ou de la vitamine C (responsable du scorbut).

Pour le bore, cette démonstration n’a jamais pu être faite chez l’être humain.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le qualifie de « probablement essentiel ». L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et Santé Canada reconnaissent son intérêt potentiel, mais n’ont pas établi d’apports nutritionnels recommandés. L’Institute of Medicine américain ne peut définir ni besoin moyen, ni apport suffisant pour ce minéral.

Cette prudence scientifique s’explique par l’absence de fonction biochimique spécifique clairement identifiée chez l’homme. Les chercheurs observent des effets, mais ne comprennent pas encore totalement les mécanismes d’action au niveau cellulaire.

La carence en bore existe-t-elle vraiment ?

Ce que dit la science médicale

La réponse est claire et surprenante : aucun symptôme de carence en bore n’a été décrit dans la littérature médicale chez l’être humain.

Contrairement à une carence en fer (fatigue, pâleur, essoufflement) ou en vitamine D (rachitisme, ostéomalacie), il n’existe pas de tableau clinique établi pour identifier un manque de bore. Aucun test biologique de routine ne permet de dépister une insuffisance.

Les études de privation menées chez des volontaires sains ont bien montré des modifications biologiques lorsqu’on réduit drastiquement les apports en bore. Mais ces changements ne s’accompagnent pas de symptômes visibles ou de troubles fonctionnels immédiats.

Les hypothèses scientifiques actuelles

Plusieurs études ont observé des corrélations intéressantes. Des femmes ménopausées recevant des suppléments de bore ont montré une amélioration de leur densité minérale osseuse. Des adultes en bonne santé ont présenté de meilleures performances cognitives après six semaines de supplémentation.

Des données épidémiologiques révèlent que dans les régions où l’apport alimentaire en bore est inférieur à 1 mg par jour, 20 à 70% de la population souffre d’arthrose, contre seulement 2 à 10% dans les zones où les apports dépassent 3 mg quotidiens.

Ces observations sont troublantes, mais elles ne prouvent pas un lien de cause à effet. D’autres facteurs (alimentation globale, mode de vie, génétique) peuvent expliquer ces différences. La prudence scientifique impose de ne pas confondre corrélation et causalité.

Certains sites internet ou vendeurs de compléments alimentaires décrivent des « symptômes de carence » incluant l’hyperthyroïdie, les déséquilibres hormonaux ou l’ostéoporose. Ces affirmations ne reposent sur aucune base médicale solide. Ces pathologies ont des causes multiples et complexes, jamais attribuables à un seul déficit en bore.

Rôles possibles du bore dans l’organisme

Même si son caractère essentiel n’est pas démontré, le bore semble intervenir dans plusieurs processus physiologiques.

Santé osseuse

Le rôle le mieux documenté du bore concerne le métabolisme osseux. Cet oligo-élément influence la façon dont notre corps utilise le calcium, le magnésium et le phosphore, trois minéraux fondamentaux pour la solidité de nos os.

Une étude menée auprès de femmes ménopausées a montré qu’un apport de 3 mg de bore par jour réduisait l’élimination urinaire du calcium et du magnésium. En d’autres termes, le bore aiderait l’organisme à mieux retenir ces minéraux essentiels.

Le bore semble également moduler le métabolisme de la vitamine D, cette hormone qui régule l’absorption intestinale du calcium. Des essais chez l’animal confirment un effet positif sur la croissance et la densité osseuse.

Ces données expliquent pourquoi le bore est parfois proposé en prévention de l’ostéoporose, notamment chez les femmes après la ménopause. Toutefois, les études restent limitées en nombre et en qualité méthodologique. Aucune autorité sanitaire ne recommande actuellement une supplémentation systématique.

Régulation hormonale

Le bore influence la production et le métabolisme des hormones stéroïdiennes, notamment les œstrogènes et la testostérone.

Chez les femmes ménopausées ayant reçu 3 mg de bore quotidien, les chercheurs ont mesuré une augmentation du taux d’œstradiol et de testostérone dans le sang. Chez des hommes en bonne santé, un apport de 10 mg par jour a entraîné une hausse de la testostérone.

Ces effets hormonaux pourraient expliquer en partie l’action du bore sur les os, car les œstrogènes jouent un rôle protecteur majeur sur le squelette.

Le bore pourrait également intervenir dans le fonctionnement de la glande thyroïde et dans le métabolisme de l’insuline, mais ces pistes restent très préliminaires et demandent confirmation.

Fonction cognitive

Des études d’intervention ont révélé que le bore pourrait soutenir les capacités intellectuelles. Des adultes ayant pris un supplément de bore pendant six semaines ont montré une amélioration de leur mémoire et de leurs fonctions cognitives par rapport au groupe placebo.

Des enfants suivant une alimentation riche en bore ont obtenu de meilleures performances dans certains tests cognitifs que ceux recevant peu de bore.

Les mécanismes restent mal compris. Le bore pourrait agir sur les membranes cellulaires des neurones, sur la transmission nerveuse ou sur le métabolisme énergétique du cerveau. Des études de privation ont montré qu’un régime pauvre en bore réduisait l’attention, la mémorisation et la coordination.

Ces résultats sont prometteurs mais doivent être confirmés par des recherches plus larges avant de pouvoir établir des recommandations médicales.

Inflammation et santé articulaire

Le bore possède des propriétés anti-inflammatoires démontrées en laboratoire. Il inhibe certaines enzymes (cyclo-oxygénase et lipoxygénase) impliquées dans les processus inflammatoires.

Chez des hommes recevant 10 mg de bore par jour, les chercheurs ont observé une diminution des marqueurs de l’inflammation dans le sang (hsCRP et TNF-alpha). Des résultats similaires ont été rapportés chez des femmes ménopausées.

Ces effets pourraient expliquer les observations épidémiologiques sur l’arthrose. Dans les régions où la population consomme peu de bore, la prévalence de l’arthrose est significativement plus élevée. Mais encore une fois, d’autres facteurs (activité physique, poids, alimentation globale) peuvent aussi jouer un rôle.

Le bore ne constitue en aucun cas un traitement de l’arthrose ou de l’arthrite. Les patients souffrant de douleurs articulaires doivent consulter pour un diagnostic et une prise en charge adaptée.

Sources alimentaires de bore

Où trouve-t-on du bore ?

Le bore est presque exclusivement présent dans les aliments d’origine végétale. Les produits animaux (viande, poisson, produits laitiers, œufs) en contiennent très peu.

Les meilleures sources alimentaires sont :

Les fruits : pommes, poires, raisins (frais et secs), prunes, pruneaux, abricots, pêches, dattes, figues, avocats, oranges, kiwis. Les fruits à coque sont particulièrement riches : noix, amandes, noisettes, pistaches.

Les légumes : tomates, betteraves, céleri, oignons, pommes de terre, carottes, choux. Les légumes à feuilles vertes apportent également du bore, mais en quantités moindres.

Les légumineuses : haricots secs, pois chiches, lentilles, pois, soja.

Les champignons contiennent aussi des quantités intéressantes de bore.

Le vin et la bière apportent du bore car le raisin et l’orge en sont naturellement pourvus, mais ces boissons alcoolisées ne constituent évidemment pas une source recommandable.

Certaines eaux minérales peuvent contenir du bore, mais les teneurs varient considérablement selon les sources.

Apports moyens dans l’alimentation

En Europe et en Amérique du Nord, l’apport quotidien moyen en bore se situe entre 1 et 1,5 mg par jour pour une alimentation à 2000 calories.

Les personnes suivant une alimentation végétarienne ou végétalienne consomment généralement entre 1,3 et 1,4 mg, parfois jusqu’à 7 mg par jour selon la proportion de fruits et de légumes. Cette différence s’explique par la richesse des végétaux en bore.

Aucun apport nutritionnel recommandé n’a été établi officiellement. Les experts estiment néanmoins qu’une alimentation variée et équilibrée apporte spontanément des quantités suffisantes de bore pour couvrir les besoins physiologiques supposés.

Il n’existe aucune raison médicale de chercher à augmenter artificiellement ses apports en bore si l’on consomme quotidiennement des fruits, des légumes et des oléagineux.

Faut-il se supplémenter en bore ?

Qui pourrait bénéficier d’un apport en bore ?

La supplémentation en bore n’est jamais nécessaire en première intention. L’alimentation courante fournit naturellement cet oligo-élément.

Certaines situations particulières pourraient théoriquement justifier un apport complémentaire, mais toujours sous contrôle médical strict :

Les femmes ménopausées présentant une ostéoporose avérée ou un risque élevé de fracture pourraient, dans certains cas, bénéficier d’un complément de bore en association avec du calcium, de la vitamine D et d’autres mesures thérapeutiques. Mais le bore ne remplace en aucun cas les traitements validés de l’ostéoporose.

Les personnes âgées ayant une alimentation monotone, pauvre en fruits et légumes frais, pourraient présenter des apports insuffisants. Là encore, l’amélioration de l’alimentation reste la priorité absolue avant toute supplémentation.

Dans tous les cas, aucune autorité sanitaire ne recommande actuellement une supplémentation systématique en bore. Les bénéfices potentiels restent hypothétiques et les risques d’un excès ne sont pas négligeables.

Risques d’un excès de bore

Le bore est toxique à forte dose. Cette toxicité est bien documentée chez l’animal et chez l’homme.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a fixé la limite supérieure de sécurité à 10 mg par jour pour un adulte. Santé Canada retient un seuil légèrement inférieur de 6,7 mg quotidiens. L’OMS estime que la fourchette de non-toxicité se situe entre 1 et 13 mg par jour.

Ces valeurs peuvent sembler élevées par rapport aux apports alimentaires habituels, mais certains compléments alimentaires disponibles sur internet proposent des doses de 3, 6 ou même 10 mg par gélule. Une prise quotidienne prolongée peut rapidement dépasser les seuils de sécurité.

Les symptômes d’un excès de bore comprennent :

Des troubles digestifs : nausées, vomissements, diarrhées, perte d’appétit. Ces symptômes apparaissent généralement avec des doses supérieures à 100 mg par jour.

Des atteintes cutanées : dermatites, éruptions, desquamation de la peau.

À très fortes doses, une toxicité grave peut survenir avec des effets sur le système nerveux central, des troubles cardiovasculaires et des atteintes rénales. Chez la femme enceinte, des doses excessives pourraient affecter le développement de l’embryon.

Les personnes souffrant d’insuffisance rénale sont particulièrement à risque car leur organisme élimine moins bien le bore. Une accumulation progressive peut se produire dans le cœur, le cerveau, les reins et d’autres tissus.

Recommandations médicales

La position médicale est claire et unanime : privilégiez l’alimentation.

Consommez quotidiennement des fruits frais, des légumes variés, des oléagineux (une petite poignée d’amandes ou de noix). Cette approche nutritionnelle apporte naturellement du bore dans des proportions physiologiques, sans aucun risque de surdosage.

Si vous envisagez une supplémentation pour une raison particulière (ostéoporose, conseil d’un thérapeute), consultez impérativement votre médecin traitant avant toute prise. Il évaluera la pertinence de cette supplémentation au regard de votre situation personnelle, de vos antécédents et de vos autres traitements.

N’achetez jamais de compléments de bore sur internet sans avis médical. La réglementation sur ces produits varie d’un pays à l’autre et certains suppléments contiennent des doses inadaptées ou non contrôlées.

La dose autorisée dans les compléments alimentaires en Europe est de 1 mg de bore par jour maximum, une quantité qui permet théoriquement de couvrir les besoins supposés sans risque de surdosage. Même à cette dose, la supplémentation n’est justifiée que dans des situations très spécifiques.

Carence en bore : ce qu’il faut retenir

Le bore occupe une place singulière en nutrition humaine. Bien qu’il ne soit pas reconnu officiellement comme un nutriment essentiel, les recherches scientifiques récentes suggèrent qu’il pourrait jouer un rôle dans la santé osseuse, la régulation hormonale, les fonctions cognitives et l’inflammation.

La notion de carence en bore n’existe pas médicalement. Aucun symptôme spécifique n’a été identifié. Aucun test sanguin ne permet de la diagnostiquer. Les troubles parfois attribués à un manque de bore (ostéoporose, arthrose, troubles hormonaux) ont des causes multiples et ne peuvent être réduits à un simple déficit en cet oligo-élément.

Une alimentation équilibrée apportant quotidiennement des fruits, des légumes et des oléagineux fournit naturellement entre 1 et 2 mg de bore par jour. Cette quantité semble suffisante pour répondre aux besoins physiologiques supposés de l’organisme.

La supplémentation en bore ne se justifie que dans des cas très particuliers, toujours sous contrôle médical strict. Elle ne remplace jamais une alimentation de qualité et ne constitue pas un traitement des pathologies osseuses, articulaires ou hormonales.

Si vous vous interrogez sur vos apports en bore ou si vous envisagez une supplémentation, parlez-en à votre médecin. Il saura vous conseiller en fonction de votre situation personnelle et de vos réels besoins de santé.

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